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17 févr. 2012 Nouvelle publication du professeur Filip Palda

La République de Pareto et la nouvelle science de la paix (disponible en anglais seulement)

L’euro connaîtra-t-il une fin prématurée en raison des mau­vaises habitudes de dépenses de l’Italie et d’autres membres de la zone euro? Pouvons-nous espé­rer voir la fin des problèmes économiques aux États-Unis? Selon un nouveau livre, intitu­lé Pareto’s Republic and the New Science of Peace et publié par l’éditeur Cooper-Wolfling, la vraie question à se poser est de savoir si l’Union européenne se dirige vers le genre de dissolu­tion spectaculaire qui a mis fin à l’Union soviétique il y a vingt ans. Par ailleurs, les problèmes économiques des États-Unis sont peut-être révélateurs d’un malaise plus profond de la société américaine. D’après Filip Palda, auteur de l’ouvrage, le déséquilibre fiscal en Europe et les problèmes économiques des États-Unis reflètent un déséquilibre de ce qu’il appelle les « comptes sociaux ».

Pour qu’une société conti­nue à exister, un nombre suffi­sant de ses membres doivent estimer recevoir en retour au moins autant que ce qu’ils y investissent. L’Union soviétique n’a pas respecté ce principe : il n’y avait certes pas de déficits budgétaires dans le pays, mais l’écart entre le salaire des travailleurs et ce qu’ils pou­vaient en obtenir était impor­tant. « Vous faites semblant de nous payer, nous faisons semblant de travailler », devint le cri de ralliement d’une nation indifférente.

M. Palda voit s’installer le même déséquilibre dans l’Union européenne et peut-être aux États-Unis. « L’Union européenne regroupe 300 mil­lions de personnes et des pays qui ne nourrissent pas des sentiments particulière­ment tendres les uns pour les autres. Cette formule n’incite pas les Européens à travailler ensemble afin de devenir plus prospères. »

Il poursuit :

« Au départ, l’avenir de cette union semblait prometteur, le marché commun ayant com­mencé à unifier les Européens de manière décentralisée et équilibrée. Je parle bien enten­du de commerce, de com­merce entre particuliers. C’est le seul mécanisme qui per­mette d’équilibrer les comptes sociaux dans de grandes sociétés anonymes. »

« Pourvu que les règles commerciales soient les mêmes pour tous, on atteint ce qu’on appelle l’optimum de Pareto, principe qui sous-tend tout ce qui est économique. Un échange constitue une amé­lioration au sens de Pareto s’il profite à au moins un indi­vidu sans nuire à personne. Lorsqu’on a épuisé les possibili­tés d’améliorations au sens de Pareto, l’optimum de Pareto est atteint. »

« Ce principe paraît simple, mais son application est sou­haitable. L’échange étant volontaire, il ne nuit à personne et peut améliorer le bien-être de tous, ce qui crée un équi­libre entre les efforts de tra­vail et de production des gens et ce qu’ils en tirent. Cet équi­libre est le fondement même d’une société stable et pros­père. La propriété privée, qu’elle soit physique ou intel­lectuelle, est le meilleur moyen de l’atteindre. C’est pourquoi la protection du droit du citoyen de faire ce que bon lui semble de ses biens est essentielle à la réalisation de l’optimum de Pareto, et pourquoi ce dernier constitue la meilleure méthode de comptabilité sociale. »

Pour l’illustrer, prenons des pays tellement proches qu’on pour­rait les considérer comme des jumeaux. Ainsi, la Corée s’est divisée en deux en 1953 au terme d’une guerre civile. Un tyran a pris le pouvoir en Corée du Nord et y a aboli la propriété pri­vée. De nos jours, les Nord-Coréens meurent de faim. La Corée du Sud, par contre, a per­mis à ses citoyens de vendre leurs biens en vertu de lois qui s’appliquent également à tous. Ce pays est aujourd’hui l’un des plus riches de la planète. De façon similaire, Haïti par­tage l’île d’Hispaniola avec la République dominicaine, mais ces voisins n’ont pas grand-chose d’autre en commun. Les droits de propriété sont incer­tains en Haïti, pays le plus pauvre de l’hémisphère occi­dental. La République domini­caine, qui protège relativement bien les droits de proprié­té, est quant à elle considérée comme un « pays en dévelop­pement à revenu intermédiaire supérieur » par la Banque mon­diale. Les Dominicains gagnent en moyenne dix fois plus que leurs voisins haïtiens. La liste d’exemples, qui comprend l’an­cienne Allemagne de l’Ouest et l’ancienne Allemagne de l’Est ainsi que le Pakistan et l’Inde, est longue.

« Lorsque l’on prive les gens pouvoir de décision – en impo­sant des normes qu’un pro­duit doit respecter, en limitant la capacité d’une entreprise à remplacer les travailleurs inefficaces ou en faisant de la santé et de l’éducation des biens sociaux – on réduit leur capacité à faire ce qu’ils veulent de leurs biens physiques ou intellectuels, explique Filip Palda. Cela limite les pos­sibilités d’échanges mutuel­lement profitables, ce qui empêche d’atteindre l’opti­mum de Pareto. Les taxes et impôts trop élevés provoquent un phénomène similaire : le résultat des efforts fournis n’est plus palpable. Dans certains pays d’Europe, ils sont tellement élevés que les citoyens n’ont plus de motivation à travailler de manière légitime. »

Outre la perte de pros­périté, la dégrada­tion des droits de propriété par des taxes, des impôts et des règle­ments excessifs éloigne les gens les uns des autres. La réglementation ainsi que les taxes et impôts réduisent en effet la motivation des citoyens à résoudre les différends sur l’utilisation des ressources, ce qui les rend réticents au com­promis et à la collaboration. Les Russes qui ont émigré aux États-Unis après la chute de l’Union soviétique ont été sur­pris de voir leur parenté consa­crer bénévolement du temps à l’organisation des activi­tés sportives des enfants et les promeneurs ramasser les crottes de leur chien au parc. De même, les Européens ne sont pas naturellement portés à faire des dons et du bénévolat.

« En Europe, on observe un manque de coopération entre individus et des conflits entre groupes sociaux, le tout étant orchestré par des intermédiaires politiques. Faire appel au gouverne­ment pour résoudre un trop grand nombre de questions liées à l’utilisation des biens ne peut mener qu’au conflit, celui-ci détenant par défini­tion le monopole de la coerci­tion : il n’a pour seule fonction que d’exercer ce monopole. Lorsqu’on accorde cette fonc­tion au gouvernement, la coercition devient le facteur déterminant du règlement des divergences de vues sur l’utilisation optimale des res­sources. Avec le déséquilibre budgétaire actuel et le projet de “socialiser” les soins de san­té, les États-Unis se dirigent vers le modèle européen de contrôle centralisé des recettes et des dépenses. En revanche, se fonder sur les droits de pro­priété privée pour résoudre la manière dont les ressources pourraient être employées mène à ce que j’appelle la paix de Pareto. C’est l’idée que je me fais de la République de Pareto. »

Si l’optimum de Pareto est un concept bien connu, le livre de M. Palda est le premier à le rendre accessible au grand public. Il montre à quel point ce principe est fondamental pour expliquer où se situent les failles des sociétés actuelles et comment les réparer. Le livre présente aussi, briève­ment, mais de façon complète et compréhensible, une union des pensées économique et politique connue sous le nom de théorie des choix publics. Il traite par ailleurs de manière nuancée du juste équilibre entre l’intervention de l’État et l’initiative privée. Le principe de l’optimum de Pareto sous-tend cet ensemble.

Filip Palda a obtenu un doc­torat en économie à l’Univer­sité de Chicago sous la direc­tion de Gary Becker, prix Nobel d’économie. Il est professeur titulaire à l’École nationale d’administration publique de l’Université du Québec et senior fellow de l’Institut Fraser. M. Palda, auteur de plus de 20 articles publiés dans des revues économiques à comi­té de lecture, est très lu selon les statistiques recueillies par la base de données en ligne RePEc (Research Papers in Economics) d’articles en économie. Il est sur­tout connu pour avoir exposé l’intérêt des politiciens à élaborer des lois sur le financement électoral et découvert la perte sèche causée par l’évasion fiscale.

http://www.paretorepublic.com