Généreux professeur Comeau
3 mai 2012 - C'est une entrevue de haut niveau que nous ont offert Claude Bernatchez et Paul-André Comeau, dans leurs rôles respectifs d'interviewer et d'interviewé, dans le cadre d'un Entretien de la Société des relations internationales de Québec (SORIQ), le 2 mai à l'ENAP.
S’il avait hésité à changer de chaise « par modestie », selon le vice-président de la SORIQ et professeur à l’ENAP, Luc Bernier, c’est avec générosité que Paul-André Comeau s’est prêté au jeu et a partagé devant une assistance conquise des pans de sa vie consacrée à l’international, d’abord comme journaliste, puis comme professeur.
Nous avons ainsi appris que le début de son intérêt pour les questions internationales, remontant à ses années de relève d’été au quotidien La Voie de l’Est de Granby, est lié à une « affaire de castors ». Il avait été fasciné par le maire Boivin qui avait décidé de créer un jardin zoologique à Granby et qui se promenait à travers le monde avec une cage de castors!
« Sevré de nouvelles internationales » pendant qu’il était pensionnaire, de 17 à 21 ans, il s’est impliqué dans la radio étudiante pour « avoir le droit » de consulter différentes sources d’information. Il a ainsi observé le développement des relations entre le Québec et la France durant la Révolution tranquille.
C’est alors qu’il préparait sa thèse de doctorat en Europe et qu’il effectuait des reportages à la pige pour Radio-Canada qu’il a lui-même créé son poste de correspondant à Bruxelles, brisant le moule de la « filière habituelle » selon laquelle les correspondants passaient d’abord par Washington avant de pouvoir être affectés outre-mer. Fait intéressant relevé par Claude Bernatchez, ce poste n’a existé que pour Paul-André Comeau.
L’audacieux journaliste avait développé une signature personnelle en terminant ses reportages par des « pirouettes » qui déstabilisaient l’auditoire, mais qui amenaient les gens à s’ouvrir et à s’interroger. Il avait ainsi utilisé des marionnettes pour illustrer les protagonistes d’une nouvelle plutôt aride.
Devenu rédacteur en chef du Devoir, il a amené la rédaction à s’intéresser davantage à l’international en demandant qu’une nouvelle internationale soit placée chaque jour à la « une » du quotidien.
Selon M. Comeau, les Québécois sont peu intéressés par les questions internationales. « Nous sommes très Nord-Américains », dit-il, prenant l’exemple des Américains qui se replient sur eux, sauf pour les questions qui les concernent directement. Il fait toutefois une exception pour les « jeunes », très ouverts sur le monde et qui disposent de moyens supérieurs pour s’y intéresser.
Quelle différence y a-t-il entre la vision du journaliste et celle de l’universitaire qu’il est devenu? Le professeur voit ses deux rôles, qui consistent à « comprendre et traduire », assez semblables. Il lance d’ailleurs chacun de ses cours avec des articles de journaux. Il souhaite ainsi amener les futurs gestionnaires internationaux à comprendre l’actualité mondiale et les futurs gestionnaires nationaux à intégrer la perspective internationale. « Il faut s’inspirer de ce qui se fait ailleurs, croit-il. Nous n’avons pas les moyens de refaire les erreurs des autres. »
Parmi les sujets qui l’interpellent, il mentionne la place de la démocratie, la montée des intégrismes, religieux comme politiques, et l’évolution de l’Afrique. Au Québec, il est particulièrement préoccupé par la pyramide d’âge inversée, l’intégration des immigrants au marché du travail et la place occupée par les questions internationales.
Questionné par plusieurs personnes de l’auditoire, le professeur Comeau a répondu avec brio aux interrogations souvent très poussées. À un ancien étudiant qui lui demandait où il irait s’il avait un reportage à faire demain matin, il a choisi sans hésitation le Yémen ou le Bahreïn, pour mieux comprendre le Printemps arabe. Et s’il avait un sujet de thèse de doctorat à recommander? La mouvance de la gouvernance internationale. Des intéressés?!
Selon le directeur général, Nelson Michaud, cette activité fort courue a une fois de plus témoigné de la vitalité intellectuelle de l’École.