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21 avr. 2022 Hommage du professeur Nelson Michaud à Paul-André Comeau (1940-2022): Nous regretterons un grand pédagogue

C'est avec une grande tristesse que nous avons appris le décès de notre collègue et ami Paul-André Comeau. De sa Belgique d'adoption, il a tiré sa révérence de ce monde. Retour sur un parcours hors du commun.

Un intellectuel de grand calibre
Paul-André Comeau a sans contredit été un intellectuel qui a discrètement, mais sûrement, laissé son empreinte auprès des décideurs d’aujourd’hui. D’une grande culture, il savait faire des liens, « tirer des leçons », comme il aimait le dire, de situations et d’événements aussi bien contemporains que de ceux qui s’inscrivent dans la durée. Formé auprès de sommités intellectuelles françaises telles les Maurice Duverger et Raymond Aron, il en gardera un sens du recul nécessaire à l’analyse contextualisée. Ses réflexions, toujours empreintes de sagesse, contribuaient à nous rendre meilleurs dans chacun de nos domaines de compétence.

Sa thèse de doctorat, assez brillante pour être publiée, l’est effectivement, mais avant sa soutenance, ce qui l’empêche d’avoir accès à son diplôme. Raison futile aujourd’hui en regard des thèses par articles qui sont en vogue. Son histoire du Bloc populaire qui est le résultat de sa recherche, nous offre une lecture pertinente de la voix que le Québec souhaite se donner dans les institutions fédérales canadiennes, dans l’immédiat après-guerre.

Un éveilleur

Paul-André Comeau saura utiliser ces bases solides pour faire découvrir au Québec une Europe en pleine construction. De Bruxelles, puis de Londres, ses topos au téléjournal de Radio-Canada sont marqués par l’explication, toujours cette volonté d’aider à comprendre. Du coup, il développe une compétence pour les affaires internationales dont il fera généreusement bénéficier les étudiantes et les étudiants de l’ENAP, quelques années plus tard. Il y puisera aussi des connaissances de première main pour l’écriture du Lobby du Québec à Paris : les précurseurs du général de Gaulle, qui sera publié en 2002. La complexité de ces sujets allume en lui sa passion de cerner les faits, puis de trouver derrière les faits la trame explicative des évolutions et des révolutions. Il poursuit ce travail en y ajoutant une dimension de mentor lorsqu’il arrive au Devoir qu’il aide à traverser une période charnière de son histoire. C’est à cette époque que le gouvernement français l’honore en lui attribuant le titre de Chevalier de l’Ordre national du Mérite.

Un serviteur public
En 1990, il quitte le monde du journalisme pour accéder à l’administration publique comme président de la Commission d’accès à l’information (CAI). Il y restera dix ans, une longévité inégalée à ce jour. C’est sous sa présidence que la Loi sur la protection des renseignements personnels dans le secteur privé entre en vigueur, faisant du Québec le premier gouvernement sur le continent nord-américain à offrir à ses citoyennes et citoyens une protection complète de leurs renseignements personnels, tant dans le domaine public que dans le secteur privé. En vertu de la nouvelle loi, la CAI aura notamment la responsabilité de veiller au respect des droits et obligations qui y sont prévus.

Passeur de savoirs
Une fois son mandat à la présidence de la CAI arrivé à terme, Paul-André Comeau revient à ses premières amours de l’enseignement, mais cette fois à l’ENAP. Avec son ami de longue date, le professeur Louis Sabourin, et le professeur Nelson Michaud, son contemporain d’arrivée à l’École, il donnera un nouvel élan au Groupe d’étude, de recherche et de formation internationales (GERFI), élan qui allait être porteur pendant plusieurs années.

C’est dans le cadre de ces activités du GERFI que Paul-André Comeau a offert aux populations étudiantes de l’École de même qu’aux administrateurs publics intéressés aux questions internationales, des performances dignes du grand reporter qu’il est demeuré : ses interviews publiques avec des personnalités de la scène internationale de passage à l’École, de même que ses animations à forte portée pédagogique lors de colloques, ont marqué leur époque.

Lorsque l’éminent Ambassadeur de France, Bernard Dorin, artisan de la venue du général de Gaulle au Québec en 1967, souhaite faire un passage à l’ENAP, Paul-André Comeau se voit confier l’organisation de ce séjour. Ses liens avec la France et sa connaissance de l’Europe, son sens de la diplomatie et son amour du Québec se conjuguent pour offrir au dignitaire, un programme qui fera rayonner notre institution.

Enseignant apprécié, les étudiants de Paul-André Comeau trouvent chez lui cette capacité de les amener au-delà de la connaissance pour aborder le savoir. Et lorsque le directeur du Laboratoire d’études sur les politiques publiques et la mondialisation (dont l’acronyme – LEPPM – n’avait pas l’heur de plaire à Paul-André Comeau) a quitté pour accepter des responsabilités administratives à l’École, Paul-André Comeau a pris le relai avec brio. Il a assuré l’encadrement des travaux du groupe dont certaines études se sont démarquées.

Un grand pédagogue
En somme, de ses enseignements à l’Université d’Ottawa jusqu’à ceux de l’ENAP, comme chef d’équipe au Devoir, à la CAI ou au LEPPM, et aussi comme journaliste à Radio-Canada, Paul-André Comeau nous aura présenté des volets du monde que nous ignorions ou que nous comprenions mal. En tout et partout, il fut un grand pédagogue.

Au lendemain de son décès, les hommages ont souligné d’autres grandes qualités indéniables chez lui : clairvoyance, bienveillance et humanisme auxquelles il faut ajouter la jovialité et la fidélité de l’amitié sincère.
Quelques mois avant de nous quitter, il avait dit adieu à sa compagne de toujours, Josette. Peut-être que de l’Au-delà, l’amènera-t-elle faire le tour de l’Île d’Orléans, cueillir des petits fruits ou faire du camping comme lorsqu’elle venait le rejoindre au Québec.

C’est cette vie riche et généreuse que nous célébrons en nous remémorant les bons moments que nous avons partagés avec Paul-André, à qui nous disons, au nom de ceux et celles qui l’ont écouté, lu, suivi ou avec qui il a collaboré, un grand merci pour la marque qu’il aura laissée en chacun de nous.

© Nelson Michaud, LL.B., Ph. D., 2022


Les 30 ans du GERFI, en 2013. De gauche à droite : Christopher Malone, Louis Sabourin, Nelson Michaud et Paul-André Comeau